{"id":997,"date":"2026-05-09T19:15:42","date_gmt":"2026-05-09T17:15:42","guid":{"rendered":"https:\/\/fr.13emregion.com\/?p=997"},"modified":"2026-05-09T23:06:57","modified_gmt":"2026-05-09T21:06:57","slug":"nouveau-jugement-consacrant-le-droit-des-voyageurs-a-etre-indemnises-pour-les-retards-des-trains-mais-qui-indemnisera-les-marocains-pour-le-temps-perdu-chaque-jour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fr.13emregion.com\/index.php\/2026\/05\/09\/nouveau-jugement-consacrant-le-droit-des-voyageurs-a-etre-indemnises-pour-les-retards-des-trains-mais-qui-indemnisera-les-marocains-pour-le-temps-perdu-chaque-jour\/","title":{"rendered":"Nouveau jugement consacrant le droit des voyageurs \u00e0 \u00eatre indemnis\u00e9s pour les retards des trains\u2026 mais qui indemnisera les Marocains pour le temps perdu chaque jour ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab 5000 dirhams pour un train en retard\u2026 quand une heure et demie devient une question de justice quotidienne au Maroc \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les gares marocaines, le retard n\u2019a plus vraiment l\u2019apparence d\u2019un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel. Quelques minutes suppl\u00e9mentaires sur le quai, des regards nerveux vers l\u2019horloge, des appels rapides pour s\u2019excuser, des rendez-vous qui s\u2019effondrent silencieusement sous les roues d\u2019un temps devenu incertain. Pour beaucoup de Marocains, le retard est progressivement devenu une partie normale du quotidien, presque une fatalit\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la vie publique. Pourtant, parfois, une heure et demie suffit pour transformer un simple incident de transport en une affaire r\u00e9v\u00e9lant quelque chose de beaucoup plus profond sur la relation entre le citoyen, l\u2019institution et la justice au Maroc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019affaire examin\u00e9e par le tribunal de commerce de Casablanca semblait, au premier regard, relativement simple : un avocat stagiaire avait manqu\u00e9 une expertise judiciaire \u00e0 T\u00e9mara en raison du retard d\u2019un train de l\u2019Office national des chemins de fer. Estimant avoir subi un pr\u00e9judice professionnel, il d\u00e9cida de saisir la justice. Le tribunal lui accorda une indemnisation de 5000 dirhams, consid\u00e9rant que le transporteur portait la responsabilit\u00e9 du retard et des dommages qui en d\u00e9coulaient. Mais derri\u00e8re cette d\u00e9cision judiciaire se cache une question bien plus vaste qu\u2019un simple litige entre un voyageur et une entreprise publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son raisonnement, le tribunal ne s\u2019est pas limit\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019affaire comme un simple incident technique ou un al\u00e9a du transport. Il a rappel\u00e9 l\u2019essence m\u00eame de l\u2019obligation juridique du transporteur. Selon les articles 479 et 480 du Code de commerce marocain, l\u2019obligation de transport n\u2019est pas une simple obligation de moyens, mais une obligation de r\u00e9sultat. Autrement dit, l\u2019institution ne vend pas seulement un si\u00e8ge au voyageur ; elle lui vend aussi du temps : une heure d\u2019arriv\u00e9e, une r\u00e9gularit\u00e9, la possibilit\u00e9 d\u2019organiser sa vie personnelle et professionnelle autour d\u2019un service cens\u00e9 \u00eatre fiable. Et lorsque ce temps se d\u00e9r\u00e8gle, ce n\u2019est pas seulement l\u2019agenda du voyageur qui est affect\u00e9, mais aussi sa confiance dans le fonctionnement normal de la vie publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais derri\u00e8re cette victoire judiciaire symbolique appara\u00eet une autre r\u00e9alit\u00e9, plus d\u00e9licate encore : que se serait-il pass\u00e9 si la victime n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 un avocat stagiaire ma\u00eetrisant les m\u00e9canismes juridiques ? Que se passerait-il pour un simple salari\u00e9, un ouvrier journalier, un \u00e9tudiant ou un citoyen ordinaire ne poss\u00e9dant ni les connaissances ni les outils n\u00e9cessaires pour engager une proc\u00e9dure judiciaire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ici qu\u2019appara\u00eet ce que l\u2019on pourrait appeler le \u201cco\u00fbt cach\u00e9 de la justice\u201d. Car l\u2019existence d\u2019un droit ne signifie pas automatiquement la capacit\u00e9 r\u00e9elle d\u2019y acc\u00e9der. Engager une proc\u00e9dure contre une grande institution implique du temps, des d\u00e9marches administratives, un suivi juridique, parfois des honoraires d\u2019avocat, sans parler de la charge psychologique et sociale qu\u2019implique un conflit judiciaire. Dans bien des cas, le citoyen se retrouve face \u00e0 un choix silencieux : abandonner son droit ou entrer dans une bataille dont le co\u00fbt peut d\u00e9passer le montant m\u00eame de l\u2019indemnisation esp\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, ces 5000 dirhams d\u00e9passent largement leur valeur financi\u00e8re. Ils deviennent le reflet d\u2019une in\u00e9galit\u00e9 plus profonde devant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la justice. Car si le droit semble th\u00e9oriquement accessible \u00e0 tous, la capacit\u00e9 concr\u00e8te \u00e0 le mobiliser reste profond\u00e9ment in\u00e9gale. Certains disposent du savoir, du temps et des r\u00e9seaux professionnels n\u00e9cessaires pour transformer un pr\u00e9judice en dossier judiciaire ; d\u2019autres n\u2019ont que le silence, la r\u00e9signation et le prochain train \u00e0 attendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019un des aspects les plus significatifs de cette affaire r\u00e9side \u00e9galement dans le fait que le tribunal a reconnu l\u2019existence d\u2019un \u201cpr\u00e9judice moral\u201d li\u00e9 \u00e0 l\u2019atteinte au confort et \u00e0 la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 du d\u00e9placement. Cette reconnaissance traduit une \u00e9volution importante dans la mani\u00e8re dont la justice marocaine appr\u00e9hende d\u00e9sormais la notion de dommage. Car un retard ne se mesure pas uniquement en minutes perdues, mais aussi en anxi\u00e9t\u00e9, en occasions manqu\u00e9es, en d\u00e9sorganisation professionnelle, voire en perte de confiance envers les institutions publiques. Pourtant, une question demeure ouverte : comment mesurer psychologiquement et socialement le poids du temps perdu dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le temps lui-m\u00eame devient fragile et impr\u00e9visible ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fond, cette affaire ne parle pas seulement d\u2019un train en retard. Elle r\u00e9v\u00e8le une crise plus large du \u201ctemps social\u201d au Maroc : le temps de l\u2019administration, le temps de la justice, le temps des transports publics, le temps des services publics en g\u00e9n\u00e9ral. Et lorsque l\u2019un de ces temps se d\u00e9r\u00e8gle, les cons\u00e9quences se propagent imm\u00e9diatement dans la vie des citoyens : un employ\u00e9 perd une opportunit\u00e9, un \u00e9tudiant manque un examen, un patient rate un rendez-vous m\u00e9dical, un travailleur journalier perd une journ\u00e9e enti\u00e8re de revenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019affaire met \u00e9galement en lumi\u00e8re le d\u00e9s\u00e9quilibre structurel entre le citoyen ordinaire et les grandes institutions. L\u2019Office national des chemins de fer dispose d\u2019un appareil juridique, administratif et assurantiel complexe ; le citoyen, lui, se retrouve souvent seul face \u00e0 une structure poss\u00e9dant les ressources, l\u2019exp\u00e9rience et les moyens de g\u00e9rer les contentieux. Dans ce contexte, la d\u00e9cision judiciaire appara\u00eet comme un message \u00e0 double lecture : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, elle affirme le droit du voyageur \u00e0 \u00eatre indemnis\u00e9 ; de l\u2019autre, elle rappelle implicitement que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ce droit suppose une capacit\u00e9 de r\u00e9sistance et de ma\u00eetrise juridique que tous ne poss\u00e8dent pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le plus inqui\u00e9tant peut-\u00eatre est ailleurs : dans la normalisation progressive du dysfonctionnement. Les retards, les lenteurs administratives et les services publics d\u00e9faillants cessent peu \u00e0 peu d\u2019\u00eatre per\u00e7us comme des anomalies pour devenir des \u00e9l\u00e9ments ordinaires du quotidien. Et cette banalisation est probablement plus grave que le retard lui-m\u00eame, car elle finit par affaiblir chez les citoyens l\u2019id\u00e9e m\u00eame qu\u2019ils ont droit \u00e0 un service public respectueux de leur temps et de leur dignit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au final, la v\u00e9ritable question n\u2019est peut-\u00eatre pas de savoir si 5000 dirhams constituent une indemnisation suffisante. La vraie question est plut\u00f4t celle-ci : pourquoi un citoyen doit-il engager une bataille judiciaire pour que l\u2019on reconnaisse simplement que son temps a de la valeur ? Pourquoi le respect du temps devient-il une exception r\u00e9par\u00e9e par une indemnisation, au lieu d\u2019\u00eatre une r\u00e8gle naturelle dans la relation entre les institutions et la soci\u00e9t\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-\u00eatre parce que la crise marocaine ne concerne plus seulement les trains en retard. Elle touche d\u00e9sormais \u00e0 quelque chose de plus profond : la mani\u00e8re dont une soci\u00e9t\u00e9 reconna\u00eet \u2014 ou non \u2014 la valeur humaine du temps public. Car dans les soci\u00e9t\u00e9s qui respectent r\u00e9ellement leurs citoyens, le pr\u00e9judice ne se mesure pas uniquement en argent perdu, mais aussi en temps gaspill\u00e9, en s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 bris\u00e9e et en confiance fragilis\u00e9e envers le fonctionnement normal de la vie collective.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab 5000 dirhams pour un train en retard\u2026 quand une heure et demie devient une question de justice quotidienne au Maroc \u00bb Dans les gares marocaines, le retard n\u2019a plus vraiment l\u2019apparence d\u2019un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel. 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