Le Maroc s’efforce aujourd’hui de rapatrier ses ressortissants ayant combattu aux côtés de l’État islamique (EI) en Syrie et en Irak, une initiative qui illustre la profondeur de sa stratégie sécuritaire, alliant fermeté, souveraineté nationale et dimension sociale. Cette démarche intervient après que les États-Unis ont transféré les détenus de Syrie vers l’Irak, suite à l’effondrement des Forces démocratiques syriennes (FDS) qui protégeaient plusieurs sites abritant des combattants de l’EI et des civils affiliés, dont des étrangers.
Un haut responsable de la sécurité a affirmé que le Maroc ne considère pas le rapatriement de ses ressortissants comme une simple opération logistique, mais comme une étape visant à désamorcer les « bombes à retardement » à l’étranger et à les traiter sur le territoire national, reflétant l’approche proactive et globale du Royaume face au terrorisme.
Une stratégie à plusieurs niveaux : combattants, femmes et enfants
Les autorités marocaines élaborent actuellement un plan prenant en compte la grande diversité des personnes concernées. Les combattants, eux, font face à des sanctions pénales strictes pouvant aller jusqu’à dix ans de prison ou davantage, conformément à la législation marocaine qui permet de poursuivre toute personne ayant rejoint ou tenté de rejoindre des groupes terroristes à l’étranger.
Parallèlement, les femmes ayant vécu dans les camps et leurs enfants sont considérés comme des cas nécessitant réhabilitation et accompagnement psychologique et social, et non comme des individus à punir uniquement. Cette approche illustre la sensibilité sociale du Maroc et son souci de traiter la problématique de manière graduée et humaine, garantissant la sécurité de la société et la réussite de la réintégration.
Chiffres et enjeux
Selon un responsable de sécurité bien informé, il y aurait actuellement 1 667 combattants marocains étrangers en Syrie et en Irak, dont 244 détenus dans les prisons des FDS dans le nord-est de la Syrie, tandis que 279 anciens combattants sont déjà retournés au Maroc. Du côté des femmes, 269 Marocaines restent dans les zones de conflit avec 627 mineurs, tandis que 134 femmes et 354 enfants sont détenus dans des camps gérés par les FDS. Depuis le début de la crise syrienne, 125 femmes sont rentrées au Maroc.
Le Maroc avait déjà mené une expérience limitée en mars 2019, en rapatriant huit combattants détenus par les FDS, qui ont été jugés dans le Royaume et condamnés à des peines allant de 13 à 18 ans. Cette expérience a constitué un modèle pour appliquer le principe de responsabilité tout en respectant les normes légales et sociales.
Une approche proactive pour renforcer la sécurité nationale
Les chiffres et rapports démontrent que le Maroc n’a laissé aucune place aux groupes extrémistes sur son territoire. Ces dernières années, les branches de l’EI en Afrique ont recruté plus de 130 combattants marocains, selon Habbouba Cherkaoui, directeur du Bureau central des investigations judiciaires, qui, depuis sa création en 2015, a réussi à démanteler des dizaines de cellules armées et à arrêter plus d’un millier de suspects affiliés à des groupes djihadistes.
Le rapatriement actuel des ressortissants depuis l’Irak ne se limite donc pas à un simple retour d’individus ; c’est un message international affirmant que le Maroc est un partenaire clé dans la lutte contre le terrorisme, capable de gérer les menaces sécuritaires sur son sol, et d’équilibrer fermeté judiciaire et dimension sociale et humaine, tout en préservant sa souveraineté et ses intérêts nationaux.



